La fonctionnalité placentaire
Le placenta est un organe essentiel au bon déroulement de la grossesse. Véritable interface entre la mère et le fœtus, il assure plusieurs fonctions indispensables :
- Synthèse d’hormones nécessaires au maintien de la grossesse
- Échanges de nutriments, transfert d’oxygène pour soutenir la croissance fœtale
Par ces rôles multiples, le placenta agit comme un véritable architecte de la croissance et du développement fœtal. Son bon fonctionnement conditionne directement la santé du fœtus pendant la grossesse… et bien au-delà.
1. La dysfonction placentaire : des conséquences pour la mère et l’enfant
Lorsque le placenta fonctionne mal, les répercussions peuvent concerner à la fois la mère et le fœtus. Chez la mère, la dysfonction placentaire est notamment impliquée dans la pré-éclampsie, une maladie de la grossesse pouvant toucher plusieurs organes. Chez le fœtus, un placenta inefficace peut entraîner un retard de croissance intra-utérin (RCIU),
Le RCIU concerne environ 3 à 10 % des grossesses, soit près de 20 millions de naissances par an dans le monde.
On parle de RCIU lorsqu’un fœtus n’atteint pas son potentiel de croissance. La sévérité est variable, mais les conséquences peuvent être importantes :
- Prématurité
- Risque de troubles neurodéveloppementaux, dont l’origine est partagée entre les mauvais apports placentaires et la prématurité associée.
- Morbi-mortalité périnatale non négligeable
- À long terme : les fœtus ayant présenté un retard de croissance ont une augmentation du risque d’obésité et d’hypertension artérielle
Cette dysfonction placentaire peut être primitive, mais aussi s’intégrer dans d’autres pathologies, notamment infectieuses, malformations cardiaques …
Mieux comprendre et détecter précocement la dysfonction placentaire constitue donc un enjeu majeur.
2. Les outils actuels en pratique clinique : des limites importantes
Aujourd’hui, il n’existe pas d’outil clinique qui explore directement la fonction du placenta.
Le diagnostic et le suivi de la croissance reposent essentiellement sur l’échographie qui surveille surtout la croissance et le poids fœtal, et les Doppler, qui évaluent l’adaptation circulatoire du fœtus mais ne mesure pas directement la fonction placentaire
Ces outils indispensables en pratique, ne permettent pas toujours un diagnostic suffisamment précoce des anomalies placentaires.
3. Notre approche : l’IRM fonctionnelle du placenta
Si l’IRM est déjà largement reconnue pour la qualité de sa visualisation anatomique du fœtus, elle permet aujourd’hui d’aller plus loin : explorer le fonctionnement même des organes, et en particulier celui du placenta.
Nos travaux s’inscrivent dans la continuité de ceux initiés par les Professeurs Nathalie Siauve et Laurent J. Salomon, avec une ambition claire : développer des outils capables de détecter plus précocement les anomalies placentaires et d’améliorer la prise en charge clinique des grossesses à risque.
Etudier le transfert transplacentaire d’oxygène : l’IRM BOLD (Blood Oxygen Level Dependent)
L’IRM BOLD est une technique d’IRM dynamique sensible à l’oxygénation des tissus. Elle permet d’explorer, de manière non invasive, le transfert d’oxygène à travers le placenta, mécanisme clé du développement fœtal.
Grâce à cette approche, il devient possible de suivre les variations physiologiques au cours de la grossesse afin de :
- définir des profils fonctionnels placentaires normaux,
- détecter précocement des altérations du transfert d’oxygène,
- et, à terme, identifier les fœtus à risque avant l’apparition de signes cliniques tardifs.
Techniques de perfusion
Nous utilisons également des méthodes d’étude de la perfusion placentaire, notamment l’ASL (Arterial Spin Labeling). Ces techniques permettent d’évaluer la vascularisation et la perfusion du placenta sans injection de produit de contraste, ce qui la rend particulièrement adaptée à la grossesse. Elles apporte des informations complémentaires essentielles sur la vascularisation, un élément clé dans de nombreuses pathologies de la grossesse.
Vers des modèles combinés proches de la physiologie
Combiner plusieurs types d’acquisitions IRM, à la fois statiques et dynamiques, permet de se rapprocher au plus près de la physiologie réelle du placenta.
Cette approche intégrative ouvre des perspectives cliniques importantes. Elle vise à :
- mieux comprendre les mécanismes de la dysfonction placentaire,
- identifier des biomarqueurs fonctionnels précoces,
- et, à terme, améliorer le diagnostic, la stratification du risque et la prise en charge personnalisée des grossesses à risque.
Notre objectif final est clair : passer d’une surveillance indirecte du placenta à une évaluation fonctionnelle directe, pour intervenir plus tôt et de manière plus adaptée lorsque cela est nécessaire
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